PROPOSITIONS FOR THE AIDS MUSEUM

une création interdisciplinaire de projets hybris


  • 2014

16-17-18 octobre 2014
20h30
aux Écuries – le RING
Montréal

spectacle bilingue / bilingual show (en/fr)

présenté dans le cadre de la série Éclectique du Festival Phénomena /
part of the Éclectique series of Festival Phenomena

mise en scène : Philippe Dumaine
dramaturgie : Sophie Devirieux
design scénique : Steeven Pedneault
projections : Maude Arès
lumières : Hugo Dalphond
costumes : Philippe Dumaine et Danièle Simon
composition musicale : Mykalle Bielinski
direction de production : Karine Cusson
design graphique : Julien Hébert

avec :

Jordan Arseneault
Mylène Bergeron
Mykalle Bielinski
Alex-Ann Boucher
Joseph Elliot Israël Gorman
Alexis B. Martin
Danièle Simon

Alex-Ann Boucher, Mykalle Bielinski

Nouvelle création de projets hybris, PROPOSITIONS FOR THE AIDS MUSEUM aborde l’histoire de l’activisme ayant émergé durant la crise du SIDA. À travers le corps, le texte et l’image, l’équipe du spectacle tente de faire sens de cette histoire effacée des récits officiels tout en réfléchissant aux possibilités de réactivation de ce combat dans un contexte politique actuel. En proposant un musée vivant dédié à cette lutte, projets hybris inscrit son travail dans des réflexions plus larges sur l’art comme outil de mémoire, sur la perte comme moteur de l’action politique et sur l’éclatement des frontières disciplinaires comme posture résistante.

A newly created work by projets hybris, PROPOSITIONS FOR THE AIDS MUSEUM is about the history of activism that emerged from the AIDS crisis. Through embodiment, text and image, our team will attempt to makes sense of stories which have been erased from official accounts, and to reflect on the possibility of reactivating this struggle in the current political context. By proposing a living museum dedicated to this struggle, projets hybris will take on larger themes: art as a mnemonic device, loss as a catalyst for political action, and deconstructing barriers between disciplines as a position from which to engage in resistance.

PROPOSITIONS FOR THE AIDS MUSEUM est soutenu à la fois par une volonté très personnelle de discuter des pertes quotidiennes qui construisent le sentiment politique et par une nécessité d’investiguer l’écriture normative de l’Histoire. Interdisciplinaire et bilingue (eng/fr), le spectacle avance une vision plus kaléïdoscopique que didactique de la crise du SIDA, explorant de façon sensible les enjeux soulevés par le combat d’une génération révoltée, insurgée, dont l’action politique est question de vie ou de mort.

D’entrée de jeu, il est important de mentionner que le spectacle ne cherche pas à créer des distinctions artificielles entre art et activisme. Durant la crise du SIDA, ces deux sphères ont dialogué jusqu’au point d’effacement des frontières qui dans d’autres contextes les séparent. Ainsi, les réponses à la crise ont été multiples et protéiformes, et c’est cette indiscipline même qui devient l’une des bases du spectacle. Si certains tableaux réfléchissent à des manifestations ou actions politiques spécifiques, d’autres se positionnent face à des oeuvres d’artistes ayant vécu avec le VIH ou ayant activement participé à la lutte (pensons, par exemple, à Derek Jarmans, Felix Gonzales-Torres, John Giorno ou David Wojnarowicz).

Scène de groupe

Le projet PROPOSITIONS FOR THE AIDS MUSEUM travaille l’héritage complexe de cette histoire dans le contexte de l’action politique contemporaine. Quelles filiations peut-on tisser avec les activistes du début de la crise? Comment les réponses artistiques à la crise ont-elles permis de mettre en lumière les enjeux des personnes vivant avec le VIH tout en développant de nouvelles formes? Peut-on approcher cette mémoire sans la fossiliser? En tant que lutte sociale, cette histoire est source d’inspiration : le courage des activistes du SIDA reste exemplaire, et constitue la trame de fond de la lutte la plus publique et la plus percutante ayant été menée par la communauté LGBTQ (pensons, par exemple, aux actions du groupe ACT UP)

Si cette lutte apparaît comme un souvenir galvanisant et rassembleur dans les communautés marginalisées, force est de constater que son importance dans la culture et l’histoire collective reste à établir. À peine enseignée dans le cursus d’histoire ou abordée dans la culture populaire, cette lutte demeure sinon invisible, du moins mineure dans les récits officiels de la fin du vingtième siècle. Une lutte qui, en s’appropriant les outils communicationnels des années 80, a aussi fondé de nouvelles stratégies pour la résistance politique qui continuent d’influencer les activistes d’aujourd’hui.

Toutefois, l’emphase mise sur les grandes actions de la crise dans les conversations entourant la problématique du SIDA a aussi un effet pervers, celui de pousser les militants dans la nostalgie d’une époque à laquelle nous n’avons plus accès. Ce regard tourné vers le passé rend difficile la résistance au SIDA dans le présent. C’est ainsi que le spectacle oscille entre ces diverses temporalités pour tenter de comprendre ce que le passé peut nous apprendre pour la lute actuelle. Pourtant, il le fait avec une attitude critique, souvent ironique visant à désacraliser la mémoire et donc à rendre le souvenir effectif, source d’énergie pour les combats à venir.

Mylène Bergeron, Jordan Arseneault

Le spectacle prend la forme d’une suite de tableaux bigarrés qui cherchent à créer du sens par effets de répétition, de contamination et d’association d’idées. En investissant de multiples disciplines, projets hybris propose un chaos organisé, un musée fictif, vivant et nécessairement partiel. S’en dégage toutefois une attention particulière aux corps, épicentres de la crise, ainsi qu’une musique imposante et omniprésente. Le texte du spectacle est quant à lui le résultat d’un collage de poésie, de textes théoriques, de courtes fictions, de témoignages et d’écrits des membres de l’équipe. Le travail de projections vidéo oscille pour sa part entre documentaire (en utlisant, par exemple, des images d’archives de manifestations) et impressions abstraites (images de la nature, corps, etc.), entre humour et sublime. Globalement, le spectacle est le lieu de rencontre paradoxale de deux esthétiques. Celle des musées d’art contemporain: froide, lêchée, maîtrisée ; celle de l’art queer, des cabarets de drag, des manifestations, du do-it-yourself: éclectique, composite, hirsute. PROPOSITIONS FOR THE AIDS MUSEUM est un spectacle politique, critique et lumineux, une création vouée à faire sens d’une histoire trop importante pour être oubliée.

De premières représentations de PROPOSITIONS FOR THE AIDS MUSEUM ont eu lieu du 16 au 18 octobre 2014 aux Écuries, dans le cadre du festival Phénomena. Présenté à guichets fermés pour deux des trois représentations, le spectacle a reçu un accueil chaleureux tant de la part du milieu culturel que des communautés plus directement touchées par le VIH. Forte de cette première rencontre avec le public, l’équipe du spectacle souhaite maintenant retourner au travail afin de remettre en question certaines sections et développer de nouvelles “propositions”. De plus amples détails sur ce retravail seront communiqués bientôt.

Scène de groupe